Edgar Hilsenrath, Le nazi et le barbier

Edgar Hilsenrath,
Le nazi et le barbier

Pour notre huitième rendez-vous nous avons accueilli un nouveau membre, Alain. Un mec \o/. Un mec pour huit nanas, cela prouve bien que les filles lisent plus que les mecs non ? Nous devions accueillir Catherine mais pour une raison indépendante de sa volonté, elle n’a pu se joindre à nous. Christine était aussi de retour parmi nous, elle a enfin pu sortir la tête du guidon 🙂

Le livre à lire pour le rendez-vous numéro 8 était « Le nazi et le barbier » d’Edgar Hilsenrath. Quand on lit le titre du livre on se doute que cela va parler de la période nazie en Allemagne. C’est une période qui m’intéresse beaucoup. J’ai d’ailleurs lu plusieurs livres sur le sujet comme le « Journal d’Anne Franck », « Si c’est un homme » de Primo Levi et « Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » de Mary Ann Shaffer et Annie Barrows. Trois livres que j’ai vraiment beaucoup appréciés. J’étais donc plutôt contente du livre que nous a proposé Fred.

Les premières phrases…

Je me présente : Max Schultz, fils illégitime mais Aryen pure souche de Minna Schultz, au moment de ma naissance servante dans la maison du fourreur juif Abramowitz. Mes origines aryennes pure souche ne font aucun doute, car l’arbre généaologique de ma mère, ladite Minna Schultz, sans aller jusqu’à la bataille d’Arminius, remonte au moins jusqu’à Frédéric le Grand. Tout de même. Je ne peux pas dire avec certitude qui était mon père…

En résumé…

Max Schultz est Allemand et se dit Aryen, bien qu’on ne sache pas qui est son père. Il va être élevé par sa mère qui se met en ménage avec un certain Anton Slavitzki. Un coiffeur raté. Un homme aigri, qui fera subir à Max Schultz les pires sévices sexuels, alors qu’il n’est encore qu’un bébé. Autant dire que l’enfant ne sortira évidemment pas indemne de cette vilaine expérience. Max est plus ou moins éduqué par Chaïm Finkelstein, un coiffeur juif, dont le « salon » est situé en face de celui de Slavitzki. Il lui apprend non seulement le métier de coiffeur mais il l’initie aussi  à la foi juive. Son fils Itzig Finkelstein est son meilleur ami. Max grandit dans le climat national socialiste et pour finir il devient lui-même génocidaire dans les camps de concentration. A la fin de la guerre, et pour se protéger contre un éventuel procès, Max va prendre l’identité de son meilleur ami… Il devient un sioniste fanatique.  Il nous raconte comment il s’y prend.

Nos avis…

Christine n’a pas trouvé le livre fabuleux mais l’a quand même apprécié. Elle a ressenti à plusieurs reprises les moments violents tout au long du livre et s’est pris plusieurs « claques ». Cependant, la peur que l’auteur fasse une certaine propagande d’Israël lui a traversé l’esprit. Elle a trouvé enfin que le livre nous en apprend beaucoup sur la construction d’Israël, des choses dont elle ne se doutait pas. Dans le même style de livre elle a préféré le livre de Jonathan Littell, les bienveillantes.
De même, Alain a trouvé qu’on en apprend beaucoup sur l’histoire d’Israël. Il a aussi aimé, car on ne trouve pas de réponse dans ce livre. Il a trouvé le livre caricatural car Edgar Hilsenrath est juif lui-même. Max ou plutôt Itzig, est un génocidaire qui se fait passer pour un juif, il est sous le nez de tout le monde et personne ne se rend compte de quoi que ce soit. Alain a adoré la fin. Il trouve le livre terrifiant, car on parle de millions de morts et on ne sent pas l’horreur de cet épisode de l’histoire. Alain et Christine ont de l’empathie pour le narrateur.
Florence a commencé par détester le livre. Si ce n’était dans le cadre du club de lecture, elle ne l’aurait pas lu. Ce qui fait que plus elle avançait dans le livre, plus elle l’a adoré. Pour elle le narrateur ne s’excuse pas et ne juge pas. Le narrateur est schizophrène, il explique comment on peut en arriver là. Elle s’est prise des claques dans tous les sens.
Nadine n’a pas aimé le style  trop narratif. L’histoire est vraiment crue dès le départ.
Fred s’est trouvée happée de la première à la dernière page. Pour elle ce livre désacralise l’histoire des Juifs. C’est une provocation, une leçon de liberté.
Quant à moi, vous allez me trouver mauvais public. J’ai été plutôt déçue. Je m’attendais à quelque chose de beaucoup plus fort. Je ne suis pas arrivée à rentrer dans l’histoire. Je trouve le sujet très intéressant, mais le style était un peu lourd pour moi. La libraire, quand j’ai acheté le livre m’a parlé d’un livre « détonnant ». Les critiques parlent d’un humour noir très fort. Je n’ai rien trouvé de ces deux aspects dans le livre. J’ai néanmoins trouvé deux choses très intéressantes :
– le fait que ce génocidaire, élevé par un juif soit entré dans la peau d’un juif. Qui mieux que lui pouvait raconter ce qui s’est passé dans les camps de concentration.
– Le fait que Max a vraiment une tête de juif alors qu’Itzig, blond aux yeux bleu, est vraiment de style aryen. Et c’est tellement, juste. L’habit ne fait pas le moine…
Je n’ai pas terminé le livre. Je lirai Les bienveillantes, ne serait-ce que pour comparer.

L’avis de mon amie Petra sur son blog Philea’s blog (en allemand dans le texte, mais google est votre ami 😉 )

Quelques mots sur l’auteur…

Edgar Hilsenrath est né en Allemagne en 1926. Il est issu d’une famille de commerçants juifs. Pendant la guerre il est déporté dans le ghetto roumain de Mogilev-Podolsk. Il en ressortira vivant, mais sa famille est éclatée. Il gagne la Palestine, mais ne se sentant pas chez lui il décide de venir en France où sa famille s’est réunie. Cette famille émigrera aux Etats-Unis au début des années cinquante. Le nazi et le barbier n’a été publié en Allemagne, qui a du mal avec son passé, qu’après avoir été publié aux Etats-Unis.


Hilsenrath (Edgar), Le nazi et le barbier, Edition Points, 2010, 488 pages. ISBN : 978-2-7578-2853-3