Albert Cohen, Belle du Seigneur

Albert Cohen, Belle du Seigneur

Belle du Seigneur était posé sur une étagère de ma bibliothèque depuis plusieurs années. (C’est le cas de plusieurs de mes livres, on s’en rend bien compte si on regarde ma PAL…) J’avais lu plusieurs critiques qui en faisaient l’éloge. C’est donc tout naturellement que je l’ai acheté. Le temps que j’ai mis à me plonger dedans est peut-être dû au pavé qu’il représente.

Quand j’ai dressé ma liste de livres qu’il faut avoir lus, plusieurs commentaires m’ont encore rappelé que c’était un livre merveilleux. J’en parlais autour de moi et j’ai eu différents échos : certaines personnes l’ont adoré d’autres non. C’est donc avec un peu d’hésitation ou plus exactement d’appréhension que j’ai commencé à lire ce bouquin.

Les premières phrases.

Descendu de cheval, il allait le long des noisetiers et des églantiers, suivi des deux chevaux que le valet d’écurie tenait par les rênes, allait dans les craquements du silence, torse nu sous le soleil de midi, allait et souriait, étrange et princier, sûr d’une victoire. A deux reprises, hier et avant-hier, il avait été lâche et il n’avait pas osé. Aujourd’hui en ce premier jour de mai, il oserait et elle l’aimerait.

L’histoire

Tout tourne autour de l’histoire d’amour entre le ténébreux Solal, numéro deux à la SDN, et Ariane, épouse d’Adrien Deume, fonctionnaire à la Société des Nations. Solal va tout faire pour conquérir Ariane. Il aura un peu de mal pour arriver à ses fins car Ariane va résister assez longtemps. Ariane finit par céder à ses avances et une grande passion naît ! Nous assistons à tous les stratagèmes mis en œuvre pour que l’un et l’autre se plaisent. Chacun veut être parfait pour l’autre. Mais ce désir de perfection finit par ternir leur amour. Ne vivant plus que l’un pour l’autre, ils finissent par se lasser, mais aucun des deux n’ose céder et passer  aux aveux.

Mon avis

Tout d’abord, il faut dire qu’il m’est difficile de résumer ce livre qui fait plus de mille page. Et puis, vous l’aurez peut-être remarqué, je n’aime pas trop m’étendre sur le résumé de l’histoire des livres que je lis, car je veux laisser à ceux qui n’auraient pas lu le bouquin, le privilège de la découverte. Je préfère plutôt vous parler de mes impressions.

Alors je vais vous dire tout de suite que je me suis régalée à le lire. Et comme me l’a si bien fait remarquer Géraldine, le fait que ce livre soit un pavé ne fait que rajouter du plaisir à la lecture du roman.

J’avoue que j’ai eu un peu de mal à entrer dans le livre. Au départ, je n’ai rien compris. J’ai eu du mal à le placer dans le temps jusqu’à ce que l’on parle de la SDN. Encore une fois, c’est un livre qui m’a laissée un peu perplexe au début. Je commence à avoir l’habitude de ce genre de bouquin où il faut attendre un petit moment avant d’entrer complètement dans l’histoire. C’est pourquoi je persévère toujours dans la lecture des livres que je lis. Ici, nous faisons, tour à tour, connaissance des personnages. Ariane apparaît comme une femme un peu idiote ? Naïve ? Nunuche ? Attachante ? Son mari Adrien Deume est un fonctionnaire qui excelle dans l’art de la procrastination. La mère par adoption d’Adrien, une vraie bourgeoise au sens propre du terme, tellement snob ! Et puis le ténébreux Solal pour lequel on pourrait avoir une légère tendance à détester au début du livre.

Albert Cohen nous fait entrer dans la peau de chaque protagoniste. On vit la passion entre Solal et Ariane entremêlée avec la  pensée des autres personnages. Une histoire contée non sans humour. Une façon d’écrire parfois déroutante (je fais allusion ici aux passages dénués de ponctuation).

Belle du seigneur est une histoire à la fois émouvante et burlesque.

Bref, ne vous laissez pas intimider par les quelques mille pages et les quelques longueurs. Persévérez dans la lecture, vous ne serez pas déçus !

Pour le bilan de l’année 2013 il me sera difficile de trancher avec tous mes coups de cœur !

Quelques mots sur l’auteur.

Albert Cohen est né à Corfou en 1895. Suite à un pogrom, sa famille émigre à Marseille en 1913. Sur les bancs du lycée il se lie d’amitié avec un certain Marcel Pagnol.
Il quitte Marseille pour Genève en 1914 où il entame des études de Droit, puis de Lettres. C’est à ce moment là qu’il commence à militer en faveur du sionisme. Il s’inspire de son poste au Bureau international du travail à Genève pour dresser le portrait d’Adrien Deume, poste qu’il occupe de 1925 à 1931.
Il publie un recueil de poèmes en 1921, suivi de son roman Solal en 1930 qui bénéficie d’un réel succès.

Belle du seigneur, son œuvre majeure, est publiée en 1968  et reçoit le Grand Prix de l’Académie Française.

Il meurt en 1981.


Albert Cohen, Belle du seigneur, Gallimard, collection Folio, 1968.